Qu'est devenue la mer d'Aral ?

Jusque dans les années 60, la mer d’Aral était l’un des plus grands lacs du monde, avec une superficie de 60 000 km2, soit deux fois la taille de la Belgique. Depuis que l’URSS s’est lancé dans la production intensive de coton, elle a perdu 75 % de sa superficie. Retour sur une des plus grandes catastrophes écologiques du vingtième siècle.

 
 

C’était quoi la mer d’Aral ?

On sait relativement peu de choses de son histoire. Les spécialistes s’accordent à dire qu’elle s’est formée il y a seulement 10 000 ans, et que son niveau a beaucoup fluctué depuis. Située entre le Kazakhstan et l'Ouzbékistan, elle avait un impact économique non négligeable en Asie Centrale. Les mémoires font état d’une eau d’un bleu intense, peu salée, et poissonneuse. On estime d’ailleurs qu’elle faisait vivre plus de 60 000 pêcheurs dans la première moitié du vingtième siècle.
Du fait du climat aride de la région, elle a toujours constitué un écosystème fragile; une bonne partie de l’eau de surface s’évaporant pendant l’été. Eau qui n’était pas remplacée par les précipitations (très faibles dans la région), mais par l’apport des deux plus grand fleuves ouzbeks : l’Amou-Daria et le Syr-Daria.

 
 
 

Comment expliquer sa disparition progressive ?

À partir des années 50, l’URSS veut dépasser les Etats-Unis pour devenir la première puissance mondiale. Dans cette course à l'échalote, tous les moyens sont bons pour produire en masse, même lorsque l’environnement ne s’y prête pas. Les soviets décident de rendre fertile les immenses plaines désertiques d’Asie Centrale, et d’y établir des plantations de coton. Mais comme la culture du coton est gourmande en eau, et qu’il en manque cruellement dans la région, le politburo choisit de modifier le cours des fleuves ouzbeks, l’Amou-Daria et le Syr-Daria justement. Les plus grands ingénieurs du parti s’échinent à planifier des travaux d’irrigation monstres, qui permettent de prélever plus de 60% de leur débit. À l’époque, la mission passe pour une prouesse agricole, vantée par tout l’appareil propagandiste soviétique. Sauf que quelques années plus tard, les conséquences sur la mer d’Aral vont vertigineuses. D’abord sa quantité d’eau se réduit comme peau de chagrin, puisqu’on estime qu’elle a perdu 90 % de son volume en deux décennies. Ensuite, comme elle n’est plus alimentée en en douce, sa salinité explose, ce qui mène à l’extinction de sa formidable biodiversité. Dans les années 90, le zooplancton a disparu, ainsi que près de 20 espèces endémiques de poisson qui l’habitaient.
En plus de la raréfaction de l’eau, la mer d’Aral a dû faire face à influx massif de pesticides, utilisés à outrances dans la culture du coton. Les résidus d’engrais ont pollué les eaux de surfaces, mais également contaminés en profondeur les sols de l’ancienne mer. Parfaitement consciente du problème, l’URSS laisse mourir l’Aral à petit feu, jusqu’à sa chute en 1991. Le Kazakhstan et Ouzbékistan désormais indépendants doivent composer avec les restes. En lieu et place de l’ancienne mer, il héritent d’un immense désert de sel, et payent encore aujourd’hui les conséquences sanitaires de ce désastre. Les cinq millions de personnes vivant près de la mer souffrent de maladie rénales ou de cancers en tout genre. La tuberculose atteint des seuils inimaginables, et la mortalité infantile y est quatre fois supérieure qu’aux alentours.

 
 
 
 

Un peu d’espoir pour l’Aral ?

Si les pays concernés ont encore du mal à se coordonner, beaucoup s’accordent à dire qu’il faut ressusciter la mer d’Aral. La tâche est loin d’être aisée, mais certaines initiatives ont montré leur efficacité. En 2003, le Kazakhstan planche sur la construction du barrage de Kokaral, achevé en 2005. Conscient qu’il n’est à l’heure actuelle pas possible de retrouver la même étendue d’eau que dans les années 50, le gouvernement kazakh s’est uniquement concentré sur la mer d’Aral du Nord. Grâce au barrage, le niveau de la mer est remonté de 6 mètres. La réhabilitation de la faune et de la flore va crescendo, si bien que les pêcheurs ont déjà ressorti leurs filets. Les ports se remplissent et de nouvelles écoles se construisent. Bref la vie reprend son cours. Néanmoins, si le barrage a permis de reconstituer l’Aral du Nord, il a contribué à accélérer l'assèchement de l’Aral du Sud. L'Ouzbékistan, qui continue à pomper l’eau des fleuves pour sa culture du coton, voit la surface de la mer réduire d’autant plus. En l'absence de volonté politique majeure, ce sont donc les habitants du littoral qui payent le prix fort, et qui sont probablement les seuls à prier pour que l’Aral retrouve son niveau d’antan. Des prières qui paraissent bien vaines à l’heure actuelle.

 

Sources  

Imperium,  un livre de R. Kapuscinski

La documentation Française :  Mer d’Aral, une catastrophe écologique

 

 
 
   
   
 
 

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